Myrnbarad, prologue


Myrnbarad, prologue

Haut Messagepar Silian » 13 Juin 2007 16:36

La blanche écorce de l'arbre des rois proposait un paradoxe étonnant à l'atmosphère régnant au-delà d'Osgiliath. Les nuages sombres flottants au-dessus du Mordor semblaient se refléter sur l'emblème dûnedain du plastron de son compagnon d'armes Lénédrior. Ce dernier, assis sur un banc, semblait harassé par la fatigue mais sa main droite crispée sur le pommeau de son épée dénonçait un effroi bien plus préoccupant. Cependant, si Taradrion pouvait voir son propre reflet, il sentait que son apparence ne devait guère être plus reluisante.
« Le Seigneur Denethor est prêt à vous recevoir »

Le conseiller l'interrompit dans ses songes, il était l'heure. Les deux chevaliers du Gondor franchirent les lourdes portes de la Tour Blanche, et traversèrent le couloir menant à la Salle du Trône. Le claquement simultané de leurs pas sur le sol marbré renvoyait à l'attitude militaire naturelle des deux hommes. Taradrion jeta un dernier coup d''il aux traits marqués de son compagnon, il ne devait en aucune manière interférer avec son plan. L'état de son ami le désolait et l'arrangeait à la fois.
L'immense salle brillait de mille feux, cette lumière semblait rendre hommages aux fières statues des descendants d'Isildur. Au centre se trouvait le trône du Surintendant, l'homme se tenant dessus habillé d'une longue toge aux dorures formidablement riches, ne semblait pas préoccupé par l'arrivée de ses deux sujets. Son regard quasiment caché par ses longs cheveux grisonnants semblait absorber par un objet sphérique caché par une étoffe de soie que sa main gauche caressait fébrilement. Sa tête se redressa brusquement et un demi-sourire apparut sur son visage vieillissant. Taradrion et Lenedrior s'agenouillèrent aussitôt.
« Ainsi voilà mes deux fiers sergents revenus de Fondcombe, nous ne vous attendions plus ! »
Voyant son frère d'armes se mordre les lèvres, Tanadrion répondit aussitôt : « nos plus humbles excuses Majesté, mais le voyage de retour fut plus compliqué que prévu »
« Peu importe, donnez-moi des nouvelles de mon fils. »
« Nous avons escorté le capitaine Boromir jusqu'à la Dernière Maison Simple et il semblait plus déterminé que jamais. »
« Bien, très bien, j'ai une confiance aveugle en lui, et je sais qu'il représentera le Gondor et ma lignée avec honneur. Il nous rapportera le pouvoir suffisant pour terrasser la lie qui menace nos terres. »
« Il n'en fait aucun doute Monseigneur. »
« Et avez-vous apporter la missive que je vous avais confiée au Seigneur Elrond ? »
Les deux compagnons se jetèrent un regard furtif et Taradrion reprit la parole :
« Oui sire, et il nous a accordé un entretien.»
« Tiens donc et que vous a-t-il confié ? »
La gorge sèche et les lèvres tremblantes, Le jeune sergent dû dégurgiter ses derniers mots :
« Il nous a parlé de Myrnbarad. »

Le visage du Surintendant se déforma et sa main droite serra avec force l'accoudoir de son trône.
« Ainsi La discrétion légendaire des Elfes ne serait que pure invention. Damnés soient-ils. »
D'un geste sec du bras, il congédia les deux gardes en faction devant la porte de la Grande Salle Royale.
« Rien que pour avoir écouter les brimades de cet idiot je pourrai vous faire exécuter pour haute trahison ! »
Le corps de Denethor se décrispa brusquement.
« Mais qu'il en soit ainsi, parlons ouvertement. Je vais vous dire ce qu'il en est. »
« Ceci date du règne de mon défunt père, le Grand Ecthélion II. Aussi sage et puissant qu'il fut, il avait une grande faiblesse : un homme, que dis-je un vagabond, un brigand, connu sous le nom de Thorongil. Personne ne savait d'où il venait ni pourquoi il était ici, mais cela n'a point perturbé mon créateur qui le nomma rapidement Grand capitaine. Je ne sais quel type de sorcellerie pratiquait ce manipulateur mais il fascinait au point qu'un père oubliait les devoirs qu'il avait envers son fils. »
Le seigneur du Gondor perdu dans ses pensées, fixa avec des yeux emplis de colère les deux sergents et reprit :
« Vous saviez sans doute qu'à cette époque le royaume avait de sérieux problèmes avec les nùménoréens noirs qui avaient repris Umbar. Non seulement, cela imposait à nos forces de combattre sur deux fronts sachant que le Mordor nous attaquait sans cesse mais cela avait également des répercussions commerciales désastreuses du fait de la situation portuaire de cette région. Thorongil, avec toute sa suffisance et son insolence incommensurable, persuada notre bon Seigneur de mener un raid pour reprendre le port principal. Heureusement la bienveillance des conseillers et maîtres d'armes de l'époque fût de bon aloi, puisque au final seul un petit contingent fut accordé à ce mendiant. Mais cela ne l'arrêta pas pour autant, et il proposa à mon père une alternative.
Lenedrior jusque là silencieux, toujours la tête baissée, lâcha ce mot qui semblait lui consumer la langue :
« Myrnbarad »
« Je vois que la langue fourchue du Seigneur de Fondcombe est plus aiguisée que je ne le pensais. 'Sombre Destinée' dans le langage des Hommes. Ce fut le nom donné par Thorongil à l'armée qu'il voulait créer, composée de ses semblables, des rebus, des hors la loi, pour la plupart des rejetés de l'armée et ayant tous cette folie dans leur regard que certains considèrent comme un symbole de courage. Le 25ème Surintendant accepta la demande de son capitaine et un recensement à travers toutes les Terres du Milieu fut mis en place. Tout cela dans la plus grande discrétion bien évidemment. Néanmoins tous les dirigeants des différents royaumes étaient dans la confidence et acceptèrent tous sans exception, sûrement trop heureux de se débarrasser de cette engeance qui faisaient honte à leur peuple respectif. »
Le fils d'Ecthelion frappa du poing brusquement et se mit à hurler :
« Rendez vous compte ! Le plus puissant Royaume des Peuples Libres faisant appels à des moins que rien pour reconquérir un territoire qui lui revenait de droit ! La confiance aveugle que vouait le Gondor à ce rôdeur aurait pu nous mener à notre perte ! »
Denethor s'apaisa.
« Néanmoins cette unité sous le joug de Thorongil, réussit, par je ne sais quelle sorcellerie, à éliminer les forces d'Imbar et à occuper le port principal. Le peu de raison encore présente en mon père lui fit ordonner que tous les rapports et écrits relatant cette bataille exclus toute référence à Myrnbarad. »
Un demi-sourire s'esquissa sur le visage du Surintendant.
« Peu de temps après, Le Grand capitaine disparut sans laisser de trace abandonnant son Seigneur et un peuple dépendant de ses artifices héroïques. Mais le pire fut que ce couard nous laissa son troupeau de bêtes sauvages. Malgré son départ, Le Grand Ecthelion lui vouait encore une admiration sans borne et décida de faire perdurer son ''uvre'. Ainsi Les capitaines, pour la majorité vétérans de guerre, se succédèrent au commandement de ces cancrelats. »
Tanadrion ne s'attendait pas à une telle confession de la part de son Seigneur, il se risqua à relever la tête et prit la parole :
« Excusez mon audace, mais comment cela se fait-il que Myrnbarad existe encore aujourd'hui sous le règne d'un homme dont la justesse n'a jamais eu son pareil ? »
L'intelligence des propos du sergent amusa Denethor.
« Pensez-vous qu'un fils, d'un père tel qu'Ecthelion qui plus est, puisse refuser de satisfaire les dernières volontés d'un mourrant ? Il emporta jusque dans les ombres sa fidélité envers son Capitaine. Je continuai donc à gérer dans la plus grande discrétion ce ramassis de paria condamné à exécuter des tâches disons délicates pour le bien du Gondor. Mais tout ceci n'est plus, il y a quelques temps, un incident se produisit et une rébellion éclata, un Capitaine de notre grande armée fut tué. Ces gredins, tout comme le fondateur de cette aberration militaire, trahirent le royaume qui avait donné un but à leur misérable existence. »
Denethor se leva de son trône et posa délicatement le globe enroulé d'étoffe sur le siège royal. L'homme à la haute stature s'approcha des deux guerriers et chuchota :
« Maintenant que vous en savez plus que quiconque, j'ai une autre mission à vous confier. Faites en sorte que le nom donné à ces félons soit définitivement justifié. Eliminez Myrnbarad. »
Le souffle chaud du Surintendant et ses dernières paroles firent couler un long flot de larmes mêlées de sueur sur l'armure de Lenedrior. Si Taradrion fut préparé à de telles directives, il n'en était pas de même pour son compagnon. Ils les avaient vus, leur rage pareille à une horde d'orques, et leur regard brûlant tel un bûcher mortuaire, éliminant avec une facilité déconcertante la marée d'Angmar. Son ami lui fit promettre de taire ce sujet auprès de son Seigneur. Mais peut être avait-il tort, peut être n'était-il pas trop tard.
« Messire' »
Taradrion le coupa aussitôt :
« Cela sera fait selon votre désir. »
« Je n'en attendais pas moins de vous, réunissez des hommes d'armes de confiance, tout cela dans la plus grande discrétion, et réglez ce problème pour le bien du Gondor. Maintenant partez, je suis las de cette audience. »
Les deux sergents rendirent un dernier hommage et sortirent de la Grande Salle.

Denethor marcha calmement vers son trône et prit délicatement de ses deux mains le globe posé dessus. Il retira doucement la prison de soie et plongea son regard dans le Palanthir.
« Ainsi vous avez cru que votre présence lors de la chute de Mordirith passerait inaperçu. Fous que vous êtes, ces renégats doivent disparaître quoi qu'il en coûte. L'arrivée de Thorongil, soit disant Aragorn fils d'Arathorn, à Fondcombe et les hauts faits de Myrnbarad à Carn Dum ne peuvent être du au hasard. Mais nous réglerons ça'De façon définitive. »

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